La Banque du Bangladesh récupère un peu de ses millions dérobés début 2016

C'est une toute petite victoire dans la lutte contre la cyber-criminalité. Deux mois après s'être fait voler l'équivalent de 81 millions de dollars (environ 72 millions d'euros) par des pirates informatiques, la banque centrale du Bengladesh va pouvoir en récupérer une partie : près de 15 millions de dollars, soit environ 18 % de la totalité de la somme qui avait été dérobée en février.

Une première tranche de 4,63 millions de dollars a d'ores et déjà été remise aux autorités de Manille par l'un des suspects, Kam Sin Wong, un Chinois qui travaille pour des casinos philippins et dont le rôle est d'attirer de nouveaux clients dont il organise le séjour. Patron d'une société qui s'appelle Eastern Hawaii Leisure Company, il avait été identifié très vite par les enquêteurs comme l'un des bénéficiaires des fonds dérobés.

Il a affirmé devant une commission sénatoriale philippines qui enquête sur cette affaire, que l'argent lui a été donné en paiement d'une dette. Kam Sin Wong s'est dit, selon la chaîne de télévision locale ABS CBN News, être encore en possession de 10 autres millions de dollars obtenus de la même manière et toujours dans les comptes de sa société. Au total ce serait donc une quinzaine de millions sur 81 qui pourraient revenir dans les caisses de la Banque du Bangladesh.

Une première tranche de 4,63 millions de dollars

Pour l'heure cependant, seulement 4,63 millions de dollars ont effectivement été restitués par Kam Sin Wong est sont entreposés à la banque centrale des Philippines, dans le même coffre qui recèle les bijoux de l'ancienne première dame, Imelda Marcos, saisis et destinés à être vendus.

Des représentants officiels du Bangladesh devraient arriver à Manille ce samedi et définir les modalités de rapatriement des fonds. Dacca espère pouvoir récupérer à terme la totalité de l'argent dérobé.

Une commission d'enquête sénatoriale aux Philippines

Cette restitution, très médiatisée, est sans doute le plus spectaculaire des rebondissements d'une affaire qui captive la presse philippine. Et pour cause, dès début mars, peu après la révélation de ce vol sans précédent, toutes les pistes montraient que c'est sur l'archipel philippin que s'était joué l'essentiel de ce casse sans précédent, tant pour son montant que pour sa mise au point.

Devant l'importance du scandale, le Sénat des Philippines a mis en place une commission d'enquête qui, depuis quelques semaines, a multiplié les auditions. Ce qui permet ainsi de retracer ce qui s'est passé une fois que les 81 millions ont été transférés.

Des comptes dormants créés en 2015

Selon Conseil philippin de lutte contre le blanchiment d’argent, les fonds ont tout d'abord été déposés sur quatre comptes dormants à la Rizal Commercial Banking Corporation (RCB) de Manille. Ils avaient de fait été ouverts en mai 2015 en utilisant de faux permis de conduire et n'avaient pas fonctionné jusqu'en février 2016.

Une fois viré sur ces quatre comptes, l'argent a ensuite été transféré sur un cinquième, ouvert cette fois-ci au nom d'un financier bien réel du pays, William Go, qui affirme ne pas avoir été au courant. L'argent a ensuite transité par Philrem, une société de courtage et de transfert d'argent reconnue qui existe depuis 1990.

La dirigeante de Philrem, Salud Bautista, a déclaré devant la commission sénatoriale, avoir viré les fonds, principalement en liquide, à la demande de la numéro deux de la RCB, Maia Santos Deguito. Celle-ci se défend d'y être pour quelque chose et affirme que se signature a été imitée.

Deux Chinois bénéficiaires des transferts

Les enquêteurs ont déterminé que les bénéficiaires des transferts effectués par Philerm sont d'une part Kam Sin Wong et d'autre part un autre Chinois, Weikang Xu, qui travaille lui aussi pour des casinos de l’archipel philippin. Le premier aurait ainsi reçu, selon Philrem, quelque 21 millions de dollars, tandis que le second aurait perçu 59 millions, dont une trentaine en liquide.

Mais les faits ne sont pas totalement avérés, Kam Sin Wong contredit les déclaration de Salud Bautista et indique en effet ne pas avoir reçu autant d'argent. Et selon lui, Philerm aurait gardé pas moins de 17 millions de dollars. Ce que dément la société.

En tout état de cause, les voleurs avaient parfaitement choisi leurs circuits de blanchiment : d'une part la législation de lutte contre le blanchiment d’argent des Philippines ne couvre pas les casinos. D'autre part, ils ont organisé ces transferts lors du nouvel an chinois, période pendant laquelle les casinos reçoivent traditionnellement d'importantes sommes d'argents de joueurs chinois. Ces transferts auraient, en théorie pu passer inaperçus.

Le 4 février dernier, les cyber-braqueurs ont presque réussi le casse parfait, sans armes ni violence. Profitant d’un manque de communication entre l’antenne new-yorkaise de la Fed - où la banque centrale bangladaise détient un compte - et l’institut monétaire asiatique, les pirates ont envoyé début février 35 ordres de virement un vendredi soir pour transférer au 951 millions de dollars vers des comptes aux Philippines et au Sri Lanka.
Si dans un premier temps, la Fed a répondu aux demandes qui avaient l'apparence d'émaner de Dacca, au cinquième mail elle a mis fin aux transferts après avoir repéré une erreur dans le message : les hackers avaient mal orthographié le nom du destinataire, écrivant "Shalika Fandation" au lieu de la "Shalika Foundation".
Une partie de l'argent a été bloqué, mais 101 millions de dollars ont été transférés, dont une vingtaine a été récupérée dans une banque du Sri-Lanka.
Un vol qui a coûté son poste à Atiur Rahman, le gouverneur de la Banque centrale du Bangladesh.

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