Ces Normands Électriciens sans frontières

Dans quelques jours, Éric Dupas, chargé expertise-prévention d’ERDF-Normandie, quittera le site technique de Montivilliers, faisant valoir son droit à la retraite. Et c’est bien connu, les retraités n’ont pas une minute à eux.

L’expression prend tout son sens avec cet ancien agent d’exploitation, la notion de service public chevillée au corps. Plus encore qu’au cours de ces dernières années, c’est aux autres qu’il consacrera son énergie de jeune « inactif ». Depuis onze ans, il est bénévole au sein de l’association « Électriciens sans frontières », responsable projets pour l’équipe normande comptant quarante membres dont une petite dizaine sur l’agglomération du Havre. « Je n’en suis pas très fier mais c’est en lisant un reportage dans une publication interne à EDF que j’ai découvert l’association aux lendemains du Tsunami de 2004. J’y voyais un peu égoïstement l’occasion de voyager utile et pas cher. Quelques mois plus tard, j’avais la chance de partir pour un projet à Madagascar. J’ai pris une première grande claque. Elle m’a amené à m’investir davantage. Je n’avais pas le droit de ne rien faire, moi qui ai la chance d’être né en France, où j’ai pu aller à l’école, me soigner, me nourrir sans véritablement compter. »

Haïti, Philippines, Vanuatu...

S’investir, les 1 200 bénévoles d’Électriciens sans frontières répartis sur l’Hexagone, en ont l’opportunité suivant trois types de missions quasi exclusivement adressées aux pays dits du sud. Les études de projets de développement durable accompagnées de formation afin de les mener à bien. Des expertises souvent à la demande d’ONG pour électrifier des bâtiments sanitaires ou scolaires. Enfin l’intervention en urgences post-catastrophes naturelles comme ce fut le cas pour Éric Dupas en Haïti (tremblement de terre en 2010), aux Philippines (Typhon en 2013), ou sur l’archipel de Vanuatu (cyclone au printemps 2015) pour y rebrancher, malgré le dénuement le plus total, l’électricité. « Comme les autres bénévoles, j’apporte juste ma goutte d’eau. Il nous faut rester humbles. » Ce qui n’a rien de difficile. « Les Philippines sont souvent dévastées par des typhons. Mais à chaque fois, elles trouvent la force de se relever. Que dire de cet homme qui venait de perdre ses enfants, sa femme, sa maison, mais qui refusait qu’on lui paie sa course de pousse-pousse ? Simplement parce qu’on venait l’aider. » Des comportements parfois considérés comme surréalistes par des Occidentaux plus enclins aux lamentations dans l’épreuve.

Partir, « même si l’asso n’est certainement pas une agence de voyages », Éric Dupas le refera, parce que les projets ne manquent pas. Notamment ceux en cours et portés par la structure normande en partenariat avec Rouen-Métropole. C’est le cas pour l’électrification et l’alimentation en eau de plusieurs centres de santé à Madagascar. « Puis, l’avenir, ce sera peut-être d’autres projets en Inde, au Burkina Faso, au Bénin pour lesquels nous en sommes à l’étape des sollicitations. »

Depuis plusieurs années, EDF n’abonde plus le compte de l’association. Elle qui fête ses trente ans en 2016, doit apprendre à lever d’autres fonds pour financer ses actions. Jeudi soir, l’équipe de football de Saint-Thomas, dont Éric Dupas est défenseur chez les vétérans, se frottait, sous les couleurs d’ESF, à celle des partenaires du Havre AC, pour la plupart des chefs d’entreprise. Ces derniers se prêtant volontiers au jeu pour la bonne cause. « Au-delà du chèque que nous leur avons remis à la fin du match, l’idée est de provoquer un premier contact », justifie Jean-Luc Prieur, le président des partenaires. « Sans prétention, nous espérons développer des liens entre une association caritative et d’éventuels mécènes. À l’instar du Havre AC, nous souhaitons développer des valeurs dans le domaine de l’action sociale, de la solidarité... »

De quoi, peut-être financer de futures actions et graver des souvenirs indélébiles dans l’esprit d’Éric Dupas, comme celui de cette jeune Malgache accouchant en urgence dans une maternité qu’il venait d’électrifier. « Elle a appelé sa petite fille Fahazavana : lumière. »

Christophe FREBOU

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